Des tables de décorateur
Les tables gigognes naissent en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, sous le nom de nest of tables : une série de tables de tailles décroissantes, rangées l'une sous l'autre, que l'on sort à l'heure du thé. Le principe traverse les styles et revient en force au milieu du XXe siècle, quand les salons ont besoin de meubles qui savent se faire oublier.
Roger THIBIER (1926-2001) appartient à cette génération de décorateurs parisiens qui travaillent le métal plutôt que le bois. Le fer forgé, doré à la feuille, dessine des pieds fuselés très fins, et le plateau de verre laisse voir la structure. On est dans le goût néoclassique revisité des grandes maisons de décoration de l'époque, comme Jansen ou Ramsay, avec la légèreté propre aux années 1960.

« Sur du fer doré, je cherche les raccords des feuilles d'or : une peinture dorée n'en a pas. » Éric Benhamou
Une table qui en devient trois
La composition est plus inventive que la série habituelle de tables rectangulaires. Ici, la table centrale est encadrée de deux demi-lunes. Rangées, elles tiennent dans l'encombrement d'une seule table. Alignées, elles forment un plateau continu aux extrémités arrondies, qui sert de table basse devant un canapé. Séparées, elles deviennent des bouts de canapé.
C'est cette souplesse qui fait leur succès auprès des décorateurs d'aujourd'hui. Une suite complète, avec ses trois plateaux d'origine, vaut nettement plus que deux tables survivantes : comme pour une paire, l'ensemble prime sur les éléments. Pour le mobilier plus ancien, le meuble d'appui Louis XV montre d'autres critères, ceux de l'ébénisterie.
Ce que je regarde pour estimer un meuble en fer doré
La signature d'abord. « R. Thibier » est frappée dans la dorure, à un endroit discret de la structure. Sur ce type de mobilier, une signature fait la différence entre un meuble de décorateur identifié et une production anonyme dans le même goût, beaucoup plus courante.
La dorure ensuite. Une vraie dorure à la feuille montre, de près, les raccords entre les feuilles d'or et une usure douce aux angles, là où la main et le pied se posent. Une peinture dorée est uniforme et s'écaille par plaques. Une dorure d'origine, même un peu usée, se préfère à une redorure récente.
Enfin les plateaux de verre. Ils se cassent et se remplacent. Un verre changé n'est pas grave, mais je le note : un plateau trop épais ou mal ajusté alourdit la ligne. Pour tout le mobilier, d'époque ou du XXe siècle, voyez ma page de rachat de meubles anciens.






