Un cadre se lit comme un meuble
Le cadre de ce portrait appartient à la famille des cadres à tore : une large moulure bombée, couverte de feuillages, entre deux frises plus fines. À la vue, c'est-à-dire sur le bord qui touche la toile, court un rang de godrons. Ce vocabulaire, emprunté au XVIIe siècle, a été repris tout au long du XIXe pour encadrer les portraits et les grandes toiles de salon.
Deux techniques coexistent. Le cadre sculpté est taillé dans le bois massif, puis couvert d'apprêt et doré. Le cadre en composition, très répandu au XIXe siècle, reçoit des ornements moulés dans une pâte de plâtre et de colle, appliqués sur un bâti de bois. Le second coûtait beaucoup moins cher à produire, et sa valeur aujourd'hui est en proportion.

« Avant de juger une toile, je regarde ce qui l'entoure : le cadre et le dos. » Éric Benhamou
Ce que je regarde sur un cadre doré
Je commence par les éclats. Sur un cadre en composition, un ornement cassé laisse voir une matière blanche et friable, homogène jusqu'au cœur. Sur un cadre sculpté, on voit le bois sous l'apprêt, et les feuilles gardent la trace de la gouge : aucune n'est exactement identique à sa voisine.
Je regarde ensuite la dorure. La dorure à la feuille, posée sur une assiette rouge ou ocre, prend un éclat profond et s'use en laissant apparaître cette sous-couche sur les reliefs. Une bronzine, peinture à base de poudre métallique, ternit et vire au brun. Une dorure d'origine usée vaut presque toujours mieux qu'une redorure récente.
Un beau cadre ancien se vend aussi seul : les encadreurs et les marchands de tableaux en cherchent sans cesse, aux dimensions des toiles qu'ils ont à présenter. Je ne conseille jamais de s'en débarrasser, même quand la peinture déçoit.
Et la toile ?
Sur ce portrait, aucune signature n'est visible. Ce n'est pas rare, et ce n'est pas rédhibitoire : beaucoup de portraits n'ont jamais été signés, parce qu'ils étaient des commandes de famille. Je regarde alors la facture, la toile au revers, le châssis, les étiquettes et les cachets de marchands de couleurs, qui situent souvent un tableau mieux qu'une signature.
Pour un portrait plus ancien, peint dans la tradition du portrait d'apparat, voyez le portrait de dame en habit rouge. Et ma page d'estimation de tableaux anciens détaille les vérifications à faire avant de m'appeler.





