La fantasia, un sujet orientaliste
La fantasia est une démonstration équestre d'Afrique du Nord : des cavaliers lancés au galop, en ligne, tirent ensemble une salve de leurs fusils. Les peintres l'ont rapportée d'Algérie et du Maroc dès les années 1830, Eugène DELACROIX en tête, et le sujet devient au XIXe siècle l'un des grands thèmes de l'orientalisme.
Les sculpteurs s'en emparent pour une raison simple : il permet de montrer un cheval en plein effort, dans une position impossible à tenir. Ici, le cheval ne touche sa terrasse rocheuse que du bout d'un sabot. Le harnachement à franges et à pendeloques, la crinière au vent et le burnous du cavalier ajoutent du mouvement sous chaque angle. C'est une pièce faite pour être regardée en tournant autour.

« Sur un grand bronze, la ciselure se juge aux détails qu'on ne regarde pas : les franges, les sabots, la crinière. » Éric Benhamou
Prosper LECOURTIER, sculpteur animalier
Prosper LECOURTIER (1851-1924) se forme auprès d'Emmanuel FRÉMIET, l'un des maîtres de la sculpture animalière, et expose au Salon. On lui connaît surtout des chiens de chasse et des chevaux, dans la lignée d'Antoine-Louis BARYE et de Pierre-Jules MÊNE.
Ses modèles ont été édités en bronze, c'est-à-dire fondus à plusieurs exemplaires. La Fantasia est un modèle connu, passé à plusieurs reprises en vente publique. Cela ne diminue pas l'intérêt d'un exemplaire : cela permet de le comparer aux autres, et de juger la qualité de sa fonte.
Ce que je regarde pour estimer un bronze comme celui-ci
La taille d'abord. Un même modèle était souvent proposé en plusieurs dimensions, et les grands formats, plus coûteux à fondre, sont plus rares. À 84 cm, cet exemplaire est une pièce importante.
Ensuite la fonte et la ciselure. Sur une belle épreuve, les franges du harnachement se détachent une à une, les naseaux et les yeux du cheval sont nets, la signature se lit sans effort. Un surmoulage, fait en prenant l'empreinte d'un bronze existant, se trahit par des détails émoussés et des dimensions légèrement inférieures, puisque le métal se rétracte en refroidissant. La panthère de Georges Raoul GARREAU montre le même raisonnement sur un bronze Art déco.
Je regarde enfin la patine, le socle et les marques. Une patine brune d'origine, usée aux points de contact, vaut mieux qu'une patine refaite. Ici, la plaque gravée et la signature sur la terrasse concordent. Je cherche aussi un cachet de fondeur ou un numéro, qui précisent l'édition. Pour tout le reste, ma page d'estimation de bronzes et de sculptures détaille ce que je rachète.







