Un meuble né pour l'écriture
Le bonheur du jour apparaît à Paris vers 1760. C'est un petit bureau de dame : une table à écrire, souvent munie d'un tiroir en ceinture, surmontée d'un gradin à portes ou à tiroirs où l'on range lettres, flacons et menus objets. Léger, facile à approcher d'une fenêtre, il répond au goût de l'époque pour les meubles intimes.
Les marchands-merciers parisiens, qui commandaient aux ébénistes les meubles de luxe, ont eu l'idée d'y sertir des plaques de porcelaine de Sèvres. Des ébénistes comme Martin CARLIN en ont fait une spécialité. Ces meubles du XVIIIe siècle sont aujourd'hui dans les musées.

« Un bonheur du jour se date par l'arrière et par les tiroirs, pas par la façade. » Éric Benhamou
Le goût du XIXe siècle pour le style Louis XV
Sous le Second Empire, la mode revient au XVIIIe siècle, et le bonheur du jour avec elle. Les ébénistes parisiens en produisent alors beaucoup, dans le style Louis XV ou Louis XVI, avec des plaques de porcelaine à fond bleu dans le goût de Sèvres, des bronzes dorés rocaille et des placages en feuilles croisées. Ce sont souvent des meubles très bien faits, mais ce ne sont pas des meubles d'époque.
Celui-ci réunit ces traits : deux médaillons ovales à fond bleu, bouquets peints à la main, cadres de bronze doré à décor rocaille, chutes de bronze aux angles et pieds cambrés. Seul l'examen du bâti permettra de le situer avec certitude.
Ce que je regarde pour dater un bonheur du jour
Je retourne le meuble et j'ouvre les tiroirs. Au XVIIIe siècle, les bois sont sciés à la main : les fonds de tiroir portent des traces de scie irrégulières, les queues d'aronde sont larges et peu nombreuses, le placage est épais. Au XIXe siècle, le sciage mécanique laisse des traces régulières, et le placage est plus fin.
Je cherche aussi une estampille, le nom de l'ébéniste frappé au fer sous le plateau ou sur une traverse, parfois accompagné du poinçon JME de la corporation des menuisiers-ébénistes, obligatoire à Paris du milieu du XVIIIe siècle à la Révolution. Puis je regarde les plaques : une porcelaine de Sèvres porte une marque peinte au revers, qu'on ne voit qu'en démontant le cadre de bronze. Pour un autre exemple de mobilier Louis XV, voyez le meuble d'appui en marqueterie.
Un meuble de style du XIXe siècle n'est pas un mauvais meuble : bien construit et en bon état, il garde une vraie valeur et trouve facilement preneur. Ma page de rachat de meubles anciens explique comment je procède.




